
| Textes de Christophe LAMBERT_ Photographies de la NASA Découvrez le livret VOTRE CRUEL AMI.
Le nom des cols blancs plissés du XVIIIème qui font d’un visage un décor de théâtre est : fraise. Elle illumine les traits en vous mettant sur une scène blanche à la façon de ces réflecteurs or qu’utilisent les photographes de mode dans leurs séances de shoot. La mode eut autrefois plus d’extravagance bien que les canons aient été aussi discriminatoires. On m’aurait sûrement, à la cour, fait sous le règne de Louis XV, une remarque sur la petite longueur de ma perruque arrivant à mi-dos comme aujourd’hui sur l’absence d’une cravate. On aurait volontiers douté de mon sérieux et de mon application à la même tâche qui est la mienne, pour peu que mes bas n’aient pas été parfaitement noués et que les boucles en argent de mes chausses n’aient pas été suffisamment shinny. Il y avait autrefois une boutique de costumes proche de celle de ma mère. Au 10 de la rue. J’en connaissais la patronne et sa fille de mon age. J’y allais pour me déguiser une heure, enfilant tour à tour, chapeaux à plumes, côtes de maille, livrée, uniformes de 14, toque en singe, armures. Nous nous amusions. On riait, s’absentant le temps d’un changement de costume derrière le rideau de velours rouge de la cabine d’essayage. On s’y embrassait aussi à la dérobée de la surveillance de la mère. Je repartais à la fois, Henri IV, travesti, chevalier de la table ronde, mousquetaire du roi ayant arraché à une belle son amour en un baiser.
« Ce n’est pas de ma faute mon Ange !» Le tonnerre vient à l’instant de gronder en écrivant cette phrase. Je suis moins fréquentable qu’il n’y paraît. Les canailles comme moi se retrouvent au rouge-gorge.
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